Empreintes, Motifs et Liens

Empreintes

Chacun de nous, du simple fait d’exister, créée une empreinte sur son environnement.

Le cerf laisse l’empreinte de ses sabots lorsqu’il marche dans la terre humide.

L’homme au volant de sa Peugeot 208 laisse chaque jour une empreinte carbone grandissante, tout comme les un milliard d’êtres humains qui possèdent une voiture.

Le peintre préfère emprunter les couleurs de ce qu’il voit du monde pour laisser une empreinte de pinceau sur sa toile.

Mes tableaux jouent de cette polysémie du terme : empreinte. J’utilise des feuilles mortes comme tampons, je joue avec des bouts de ficelles, des morceaux de scotch. J’emprunte dans l’immense répertoire de l’histoire de l’art des formes que je re-dispose dans l’espace de la toile.

Je pense avec Tim Ingold* qu’une nouvelle écologie de l’esprit est possible, et avec Yves Citton*, qu’elle adviendra en parallèle avec le développement d’une écologie de l’attention.

*Tim Ingold, Marcher avec les dragons, ed. Zones Sensibles, 2013

*Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, ed. Seuil, 2014

Motifs

Le terme « motif » a plusieurs définitions possibles.
Ce peut être une raison de nature intellectuelle qui motive une action. Dans le domaine du visuel, c’est le sujet d’une peinture, ou encore un ornement répété. Enfin, en musique, il désigne la phrase musicale qui se répète dans un morceau. 

L’exposition « motifs » mêle ces définitions. La figure du reptile est déclinée dans un ensemble de tableaux. Les motifs naturels de la peau d’un lézard ou d’un caméléon sont des prétextes à une recherche picturale et photographique abstraite. La figure de l’iguane est prise comme symbole des motifs inconscients qui dirigent les actions humaines. En effet, le discours conscient recouvre l’influence du « cerveau reptilien », qui pousse l’homme à dominer son environnement à son avantage. Enfin l’ensemble des peintures s’orchestre comme une partition musicale, qui entend questionner le rapport destructeur de l’homme à la nature dont il est issu.

Cette exposition est la prolongation d' »empreintes », qui s’était tenue à la Villa de Plan-les-Ouates en juin 2019.

Des liens

Les liens, c’est ce qui permet de naviguer d’une page web à l’autre, de manière numérique. Mais il existe aussi des liens analogiques. Le philosophe italien Giordano Bruno (1548-1600) montre bien les rapports entre lieur et lié dans son traité intitulé des Liens . A l’heure où le monde entier est entre-connecté, le travail de l’artiste serait de révéler d’autres formes de liens : les liens avec la mémoire des formes, les liens avec le vivant, les liens d’affection.

En vain

La triste vérité s’impose : notre monde brûle, et nos efforts pour changer cela seront vains. Les bouleversements climatiques engendrent des catastrophes imprévisibles – méga-feux, tornades, tempêtes, tsunamis, glissements de terrains, fonte des glaces et propagations de nouveaux virus.

En plus de tout cela, n’oublions pas la Troisième Guerre Mondiale amorcée par le conflit sanglant entre la Russie et l’Ukraine, qui ré-actualise la menace atomique en Europe.

La probabilité que l’Anthropocène soit la dernière ère de l’Humanité est actuellement très élevée.

L’empreinte laissée par l’être humain sur le reste de son environnement est devenue le principal ennemi de cet environnement.

Plus nous attendrons, plus la chute sera violente.

Les voix des morts

Dialogue d’outre-tombe sur la situation du monde d’aujourd’hui.

Héraclite : « Le Soleil est nouveau tous les jours. »

Louis Pasteur : « Ayez le culte de l’esprit critique. »

Léon Tolstoï : « La vérité doit s’imposer sans violence. »

Fiodor Dostoïevski : « La civilisation a rendu l’homme sinon plus sanguinaire, en tout cas plus ignoblement saguinaire que jadis. »

Jean Giono : « L’état capitaliste considère la vie humaine comme la matière véritablement première de la production du capital. Il conserve cette matière tant qu’il est utile pour lui de la conserver. La guerre n’est pas une catastrophe, c’est un moyen de gouvernement. On ne peut tuer la guerre sans tuer l’état capitaliste. »

D.H Lawrence : « Que l’humanité disparaisse, il en est bien temps. L’humanité a cessé de matérialiser l’expression de l’incompréhensible. L’humanité est morte. Il y aura une nouvelle matérialisation d’un nouveau genre. Que l’humanité disparaisse aussi vite que possible. »

« Nos émotions les plus hautes sont mortes. Nous sommes réduits à les simuler. »

Sigmund Freud : « Il existe infiniment plus d’hommes qui acceptent la civilisation en hypocrites que d’hommes vraiment et réellement civilisés. »

« La civilisation est quelque chose d’imposé à une majorité récalcitrante par une minorité ayant compris comment s’approprier les moyens de puissance et de coercition. »

Léonidas : « Tant mieux, nous combattrons plus commodément à l’ombre. »

Télé-vision.

En tant que formateur d’infographie, j’observe au quotidien les innovations dans le domaine de la communication visuelle. Mais pas seulement : depuis une décennie, c’est tout le rapport à la notion de travail qui est remis en question.

Au départ, le travail est une forme de torture. L’église catholique « travaillait » ses prisonnier.e.s pour qu’iels admettent leurs penchants sataniques.

Quelques siècles plus tard, la torture est devenue psychologique ( la répétition infinie de clicks et de liens) mais aussi physique, puisque la sédentarisation est l’un des facteurs nocifs pour la santé et que nombre de problèmes de dos viennent en grande partie des mauvaises postures que l’on adopte au travail.

Le fait de passer 8H devant un écran est donc pour moi une forme de torture. Mais c’est également un moyen fascinant de communiquer avec mes élèves.

En effet, le télétravail, mot inconnu au siècle dernier, cumule deux avantages, deux modes de déplacements : la télépathie et la téléportation.

Commençons avec la notion de téléportation : bien sûr nous corps restent où ils sont, c’est à dire chez nous. Mais notre image extérieure et notre voix se transportent dans un endroit extraordinaire : chez les autres, en même temps que l’on reçoit leurs voix et leurs images. C’est donc un mélange qui se réalise entre moi et les autres, entre leur intérieurs et le mien. Les chamanes ne visaient pas un autre but lorsqu’ils se transformaient en corbeau.

La télépathie est définie par la capacité à transmettre des idées sans passer par la voix. Eh bien c’est exactement ce qui se passe lorsque je donne cours: par un simple URL j’arrive à échanger des idées d’une manière très rapide et efficace, sans rien dire. Les élèves consultent le lien, que ce soit une vidéo, un texte ou un fichier audio, et l’idée contenue dans ce document leur est directement transmise, sans que je n’aie rien eu à faire.

Ainsi nous nous sommes petit à petit métamorphosés en chamanes modernes. Nos idées, nos apparences extérieures et nos esprits voyagent à travers de grandes distances, jusqu’aux autres. Nous sommes dotés de pouvoirs extraordinaires. La question est maintenant : comment bien les utiliser ? Car comme dirait l’oncle de Spider-man : « Un grand pouvoir entraîne de grandes responsabilités. »

HR

only the strong

Only the strong will survive, I will survive, we will survive, everybody’s gotta learn sometimes. Learn, grow and expanse in the infinite universe. Everybody needs somebody, but who needs love? Every time I look into your eyes, it’s like a dark paradise. But every time we fight, I fail to see the light. Now it’s time to say goodbye to all the living being on Earth.

Souvenirs

Je me souviens d’un monde rempli de lucioles.

Je me souviens d’une époque analogique, où personne ne connaissait le mot « smartphone ».

Je me souviens d’une époque pleine d’espoir en l’avenir.

Mais tout cela a disparu, entre 2001 et 2021.

Pourtant, à bien y réfléchir, cette époque n’était pas meilleure qu’aujourd’hui.

Elle était seulement remplie d’inconnu.

Maintenant tout est programmé à l’avance. Même notre propre destruction.

La vie continue et les souvenirs s’accumulent. L’humanité ne sera un jour plus qu’un souvenir.

Et il n’y aura plus personne pour se remémorer à quoi l’être humain ressemblait.

Notes inconscientes

L’innommable actuel dans lequel nous nous trouvons implique de repenser le rapport entre faits et fiction. La fiction compte aujourd’hui davantage que les faits purs. Le numérique a désormais un pouvoir immense sur la réalité.

Mais cette réalité se dégrade rapidement. Le monde bouillonne. La surchauffe planétaire empêche la compréhension du présent.

Quelles réalités ? Sociales, économiques, politiques, idéologiques? Il n’existe plus que des archipels de pensées.

Quel présent ? Comment retrouver la continuité d’autrefois quand on peut connaître absolument toutes les informations possibles dans un écran de 16 pouces ? Et que ces informations sont des fragmentation de mille réalités différentes : jeux, pouvoir, abus et résistance, vidéos d’animaux réels et fantastiques, vidéos de chats, politiques et lobbyistes, crypto-monnaies, ou encore les vies des footballeurs et des stars.

A l’inverse, les vraies voix sont réduites au silence. Les voix des espèces animales éteintes , des insectes , de ces forêts calcinées et de la bio-diversité qui disparaît pendant que nous postons des selfies sur Instagram.

Un monde meilleur est possible. Mais il est très loin d’être réalisé actuellement. Car l’innommable actuel est constitué d’une myriade de points de vues.

Virus informatique, virus humain. Pandémie et montée des flux boursiers. Notre avenir ressemble de plus en plus à de la science-fiction.

HR

I.P.A.

Je sors sur les bords de la Saône légère,

Fuck le couvre 🔥 ce soir je bois des 🍺

J’emmène mon équipe boire des Pelforth,

Des Triple Karmeliet et du rhum fort.

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J’écoute de la trap en buvant des trappistes,

J’écoute du reggae-root en buvant de la Stout

J’écoute des rockers en buvant des Lager

Je bois de l’Indian Pale Ale et je m’endors avec elle…

.

Sur les bords de la Saône je me promène :

Je roule en Cruiser pour calmer mon hangover .

J’aimerais entendre deux amoureux se dire « je t’aime »

Mais je suis seul ce soir & c’est game-over.